EROTICA UNIVERSALIS
2008













      





      












La Bête, un conte moderne de Yasmina Benabderrahmane



La Bête, un conte moderne de Yasmina Benabderrahmane
Installation multimédia, dimension variable, LE BAL © Adagp, Paris, 2020




« C’est une histoire entre deux rives, celle du Maroc d’hier où les matières sont à ras de la terre et des corps, et celle d’aujourd’hui, entre béton et rocailles. Depuis 2012, Yasmina Benabderrahmane traverse les dunes et les plaines de son pays d’origine qu’elle tente d’apprivoiser par l’image, après quatorze ans d’absence.

Dans la vallée du Bouregreg, un nouveau centre culturel, théâtre et musée archéologique, chantier pharaonique du roi, semble une bête couchée, figure d’une modernité en cours qui ronge le paysage et change, peu à peu, la physionomie d’un pays ancestral. La « Bête » ne dort pas, elle gonfle, ronfle et s’installe, grossit de jour en jour et impose son architecture aux allures de carapace.
Plus loin, sur les pentes désertiques, calleuses, pelées de l’Atlas sommeillent des villages pavés de temps mort, de traditions que l’on se passe de mains en mains, et où on peut encore entendre la voix adoucie du bouche à oreille et des contes qui rassemblent les familles le jour de l’Aïd.

Yasmina Benabderrahmane nous invite à suivre le chemin qui serpente entre ces deux mondes. Son travail est habité par son histoire familiale, entre métaphore et fragments bruts. Il y a l’Oncle d’abord, géologue, responsable de la « Bête » de la vallée du Bouregreg, garant des sols et de la mémoire, et il y a la grand-mère, un peu plus loin, à Chichaoua, qui boucle le temps et tresse les coutumes, entre henné et viscères.

De ces espaces et de ces corps familiers où se joue l’histoire contrariée du Maroc contemporain, Yasmina Benabderrahmane cherche à s’approcher du détail et des matières, des mains qui façonnent, qui agissent ou reproduisent, au fil des âges, les mêmes gestes. Dans les soubresauts saccadés de la pellicule, l’œuvre de Yasmina Benabderrahmane nous invite à une histoire marocaine minérale et instinctive, où les pierres dégoulinent et le sang caille, et où le regard de l’artiste se pose sur l’intimité du temps qui gît, passe et se retourne. »

Adrien Genoudet, co-commissaire.



This is a story between two shores: yesterday’s Morocco, with raw materials at ground and body level, and today’s Morocco, in concrete and rock. Since 2012, Yasmina Benabderrahmane has been travelling across the sand dunes and plains of her native country, which after fourteen years of absence she attemps to reclaim through a visual language.

In the Bouregreg Valley, a few kilometres from Rabat, a new cultural centre, theatre and archaeological museum are being built, a colossal project instigated by the King that resembles a crouching beast, a figure of modernity eating away at the landscape and gradually altering the physiognomy of an ancestral country. The “Beast” does not sleep, it expands, snores, and settles into the landscape, growing larger day after day, imposing its shell-like architecture.
Further on, lie the rough, deserted, bare plains of Chichaoua, in the Atlas Moutains where traditions are passed on from one generation to another in dead calm villages, and where tales told in soft voices bring families together during the celebration of Eid Al-Adha.


Yasmina Benabderrahmane invites us to follow the winding paths between these two worlds. Her work is inhabited by her family history, between metaphor and raw fragments. First of all, there is the Uncle, a geologist responsible for the “Beast” in the Bouregreg Valley, guarantor of the earth and memory. A little further on, there is the Grandmother in Chichaoua, who manages time and weaves customs, from henna to the viscera.
In these familiar spaces and bodies where the unsettled history of contemporary Morocco plays out, Yasmina Benabderrahmane focuses on details and textures, and on hands that shape, enact and reproduce the same gestures over and over, throughout the course of time. In the halting upheavals of film, Yasmina Benabderrahmane’s work leads us to a sensitive, mineral, instinctive vision of Moroccan history, with dripping stones and coagulated blood, and where the artist’s gaze is posed upon the intimacy of passing time.

— Adrien Genoudet, co-curator.
















La renardière — Installation multimédia

2014 





LE SACRIFICE / projection film 16mm couleur sur voile /  muet / 05 ’ 21 ’’ / bouclé.
GIGI ET LE CALDARIUM /  diptyque/  projection de films super 8 et 16mm
transférée / couleur / sonore / 22 ’ 02 ’’ /  bouclé.
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THE SACRIFICE / 16mm colour film projection on white veil /  mute /  05 ' 21 "/  loop.
GIGI and THE CALDARIUM / diptych / super8 and 16mm film projections
transferred to HD video /  color / stereo /  22 ' 02 " /  loop.
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Crédits photos: Marc Domage





Ma grand-mère paternelle, originaire du Nord-Pas-de-Calais depuis plusieurs générati ons, vit actuellement dans la banlieue Lilloise. Après plus de vingt-cinq ans d’union, « Gigi » a fuit à l’âge de quarante-cinq ans son mari d’origine algérienne. Ils ont tous deux dirigé des bars-discothèque en Europe ainsi qu’un «Hôtel de passe» à Aachen. Cette femme que j’ai rencontrée pour la première fois à vingt-trois ans a toujours été une énigme pour moi.Trois films tourné-monté en super 8 et en 16mm présentent de multiples volets en dévoilant le personnage principal: des fragments d’images pour des fragments de vies – ses dires, sa voix rauque et asthmatique, morcelés en souffle continu et en mots – ponctuent l’installation qui s’intitule « La renardière ».

L’image n’est faite que de grain. La pellicule réagit comme la chair : ça souffre, ça vit, ça se travaille, ça se retravaille, ça s’en prend plein la gueule. La pellicule est comme un bout de vie, un morceau de vivant. Un corps torturé volontairement ou accidentellement.Un corps interdit et passionnel en devient pernicieux, à la limite du blasphématoire. Cette dichotomie entre le corps pudique dans la sphère intime et le corps publique est source d’étonnement et de fascination.



Un catalogue de vie que je dissèque comme un corps, morceau par morceau, une suite d’images en matière. Un catalogue de vie que j’énumère métaphoriquement, en liste descriptive, comme le ferait un enquêteur impliqué, subjectif et touché. (YB.)



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My paternal grandmother, born in Nord-Pas-de-Calais like generations before her, now lives in the suburbs of Lille. At the age of forty-five, after more than twenty-five years of marriage, “Gigi” ran away from her husband of Algerian origin. Both ran bars and discotheques around Europe as well as a brothel in Aachen. This woman whom I first met when she was twenty-three has always been an enigma for me. Three films shot and edited in Super 8 and 16mm present multiple chapters revealing the main character: fragments of images for fragments of lives – her words, her hoarse, asthmatic voice, broken up into continuous breath and words – punctuate the installation titled La Renardière.

The image is all grain. The film reacts like flesh. It suffers, it is alive, it is worked, it is reworked, it takes its fill. Celluloid like a bit of life, a piece of life. A deliberately or accidentally tortured body. A forbidden and passionate body becomes pernicious, almost blasphemous. This dichotomy between the modest beauty in the private sphere and the public body is a source of astonishment and fascination.


A catalogue of life that I dissect like a body, bit by bit, a series of images in matter. A catalogue of life that I metaphorically reel off, in a descriptive list, as would an involved, subjective and personally moved investigator. (Y.B.)







MATTHIEU ORLÉAN - COMMISSAIRE
Ramy Fischler - Scénographe 


(…) Le sous-titre de Panorama 16, « Solus Locus » ne fait pas qu’inverser les termes du célèbre livre labyrinthique de Raymond Roussel (Locus Solus) publié en 1914 (…). Elle retourne l’idée d’un lieu unique pour en faire jaillir toute la multiplicité souterraine. Les œuvres sont solitaires, mais le projet est commun. Un écart paradoxal qu’il s’agira d’étayer, à l’image de l’inventeur Martial Canterel, qui, « à l’abri des agitations de Paris », dévoilait, au regard de ses hôtes, des assemblages passionnants, interrogations plastiques muables et ingénieuses montrées in situ le long de ce qui avait tout l’air d’une exposition, sans en porter volontairement le nom. Ces merveilles magnétiques seront bien présentes au Fresnoy à entendre les mots choisis par les artistes eux-mêmes dans leurs discours et leurs notes de travail : mythologies, altérations, métamorphoses, chutes, ondes cérébrales, chamanisme, nombre d’or, hallucinations, morphing, fétiches, présences fantomatiques, bigbang et autres terres utopiques. (…) Un « Solus Locus » contemporain qui n’est pas négation du monde, mais un regard de biais sur les lignes de tension et de fuite qui le rendent incroyablement complexe, désirable, instable (politiquement / socialement / spirituellement). En somme perpétuellement en devenir.


(…) The subtitle of this Panorama 16, « Solus Locus » does more than just invert the title of Raymond Roussel’s famous book, Locus Solus (1914) (…) This paradoxical discrepancy is something to be articulated and constructed, as when, “away from the bustle of Paris,” the inventor Martial Canterel revealed his fascinating contraptions to his guests, those changeable and ingenious visual questions shown on-site in what very much looked an exhibition without deliberately taking the name of one. These magnetic marvels will be displayed in Le Fresnoy, hearing the words spoken by the artists themselves in their discourse and in their working notes: mythologies, alterations, metamorphoses, falls, brain waves, shamanism, the golden section, hallucinations, morphing, fetishes, ghostly presences, the big bang and other utopian territories. (…) A contemporary “Solus Locus” that is not a negation of the world, but an oblique look into its lines of tension and disappearance, making it incredibly complex, desirable, unstable (politically, socially and spiritually) – a place of perpetual becoming.



ŒUVRES ET ARTISTES

David AYOUN / Léonard BARBIER-HOURDIN / Romain BAUJARD / Gabriel BECKINGER / Yasmina BENABDERRAHMANE / Yasmina BENARI / Sebastian BRAMESHUBER / Jean-Claude BRISSEAU / Elisabeth CARAVELLA / Kai Chun CHIANG / Pauline DE CHALENDAR / Alexis DE RAPHELIS / Constantin DUBOIS / Bernard FAUCON / Elsa FAUCONNET / Alice FURTADO / Clément GOFFINET / Paul GUILBERT / Meryll HARDT / Robert HENKE / Raphaël HOLT / Zhenqian HUANG / Daphné HÉRÉTAKIS / Dane KOMLJEN / Efthimis KOSEMUND SANIDIS / Evangelia KRANIOTI / Kate KROLLE / Riikka KUOPPALA / Bertrand LAMARCHE / Randa MAROUFI / Thomas MCINTOSH / Gilles MEILLASSOUX / Lauren MOFFATT / Guillermo MONCAYO / Raphael MOREIRA GONÇALVES / Faye MULLEN / Arash NASSIRI / Léo PACQUELET/ Bárbara PALOMINO RUIZ / Justine PLUVINAGE / Maral POURMANDAN / Jonathan PÊPE / Ben RIVERS / David RODES / Thibaut ROSTAGNAT / Nicolas-Pierre RÉVEILLARD / Ludivine SIBELLE / Clio SIMON / Julia STERN / Lukas TRUNIGER / Kevin VOINET








 














Portrait-Paysage — Film

2009 











Portrait-paysage / film super 8 / couleur / transféré en vidéo HD/  muet / 03 ’ 54 ’’ / bouclé.

«Portrait-landscape» evokes the outcrop of fragments of body and motives under shape laminate. She shows itself to the editing, of image by image. The eroticism and the modesty of a body is revealed.

>> Billboard Festival 2015











Erotica universalis — Film

2008 


















2008 l Film Super 8  l  muet  l  noir et blanc numérisé l 1’29’’ © Adagp.

The excitement of the erotic fantasy is represented by the pandiculation of the members during a reading. Reveled by the thinning-out of leaves of images of the work and by the editing, which site the body in quite her states. It to create a kind of exchanges or erotic embrace between the document and her reade.
















Mascarade — Film

2008 













Mascarade / film super 8 /
noir et blanc / transféré en vidéo
HD/  muet / 01 ’ 34 ’’ / bouclé.


Rencontre inattendue à Copenhague d’une prostituée travesti. Le vent caresse et laisse apparaître un corps, qui semblerait être celui d’une femme.
Ce cache-cache répété joue sur la représentation de ce que l’on voit et de ce qui est. Le doute déjoue la réalité, entre-deux, culotte renflée, jambes gainées…
Une Maryline moderne se joue du regardeur qui se veut voyeur malgré lui.

Unexpected meeting in Copenhagen of a prostitute-transvestite. The wind cherishes and lets appear the bottoms of a feminine body, while he do not have him.
This repeated hide-and-seek plays on the representation of what we see and of what is.












































Demascara — Film

2008 












2008 l Film Super 8  l  muet  l  noir et blanc numérisé l 1’00’’ © Adagp.

Un effeuillage de visage en grain et en matière suggère l’idée du soulèvement de la peau, entre l’artificielle et la naturelle, elle est comme une révélation régénératrice.
Un geste, une action. Cette face latente et au repos se dérobe en une enveloppe de beauté protectrice en mutation.
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A thinning-out of leaves of face suggests the idea of the uprising of the skin, the beauty care, and the subtlety of the body. Personality refers also to the expression there « to remove the mask « or to s how his truth.






































La Villa jumelle — Film

2011 


















Projection numérique / Film super 8 transféré / dimension variable /  noir et blanc / muet / 14 ’ 11 ’’ /  bouclé.


‘‘Film is landscape and silence, while video is close-up and sound’’ Vito Acconci.











Rencontres innatendues — Photographies

2009 - 2020






«Ce que l’on voit ou ce qui est donné à voir serait ou ne serait pas véritablement ce que l’on voit.»



On peut alors se poser la question de savoir si dans mes photographies ou dans mes films, on ne se contente pas seulement de reproduire la réalité, l’acte même d’imager, ou si, en quelque sorte, ces artifices créent toujours une fiction.

Le vrai, le faux, la réalité, l’apparence, les faux semblants, la mascarade: j’observe et sonde la force, les raisons profondes de l’objet représenté. Les images peuvent entretenir une confusion déstabilisante entre la réalité et sa représentation.

Au-delà de la visibilité de l’image, il n’y a rien à voir puisque l’image concentre sur elle toute la visibilité.


Visible et invisible s’opposent non comme deux contraires logiques, mais la vérité de l’un fait se révéler à la vérité de l’autre.
Le simulacre ou l’illusion qui satisfait le regard en saturant le visible. L’image ne renvoie qu’à elle-même et bloque sur elle tout mystère — Eïdon (l’idée) et l’Eïdolon (l’image/phantasme). Cette idée prend forme par des détails ou fragments de corps, des séries de portraits qui relèvent du quotidien, de portrait-paysages, d’objets, de restes, de gravats, d’ossements, d’espaces ou de lieux qui citeraient le corps sans le montrer.






Landmarks — Photographies

2016 




Landmarks / Repères - 2016
Série / 50 x 55 cm  / impression jet d’encre.












Echos  — Photographies

2016 

















Ad astra, 2016



Ces chercheurs et récepteurs paraboliques s’activent pour la même quête spirituelle: capturer des ondes enchâssées et câblées de la terre au ciel. Une résonance astrale aussi bien universelle que mystique, des objets archéo-modernistes révolutionnaires et dépassés. De formes métalliques ovoïdes ou filaires, ces capteurs fusionnent et résonnent dans un paysage architecturé tel le dessin d’une partition musicale.






















Interrails — Photographies

2012 

















série interrails
Photographie couleur c-print, 30 x 40 cm, édition 5 + 2E.A. ©Adagp.






[…] «Je vais vers un monde, des choses et des être […] On viendrait au journal […] faute de mieux (faute de temps, faute de moyens, faute d’audience) » Jonas Mekas.



Hotel Europa – Art Vilnius 2017
De ses voyages est né alors une série que j’ai nommé Interrails. Elle dit toute la magie de cette Europe fantasmée où j’ai rencontré de ville en ville des gens, où j’ai découvert des quartiers, et où j’ai flâné. J’ai vécu des journées de découvertes intenses, je dévoile en plusieurs séries de photographies une retranscription métaphorique de mon quotidien. Un voyage réalisé  en trois semaines ou j’ai jalonné dix pays.

La photographie m’a aidé à être témoin de mon avancé et à cataloguer un éventail d’images topographiques et anthropologiques. Rencontres inattendues, je parcours une terre inconnue  d’un regard neuf. Faite de fragments et de proliférations d’images plus ou moins nombreuses, cette accumulation révèlent mon regard sur cette terre qui m’était encore inconnue, cette Europe qui paraissait facile à sillonné, pleines d’aventures et de richesses historiques, poétiques et humaines.

Je capte là où se pose mon regard. Des pays frontaliers comme liens fraternels ou la culture peut-être différente et variée, une mémoire d’un instant, des lieux et des gens rencontrés. Je capture une réalité immédiate parfois scandée par une énergie rythmée par les transports, une émulation humaine, un mouvement ou une aura mystique.  Je capte une réalité immédiate.

“ Une poésie simple révélée par l’instant d’un regard perpétuellement en mouvement. L’ivresse d’une histoire intime et collective vue comme une esquisse d’un temps Pathos-formel. Il consiste d’une part en scènes de vie, d’activités, de sorties et ballades extérieurs ou presque de ma vie que j’ai observé avec un peu de distance.  “


[…] Une certaine harmonie entre les énergies cosmiques et la conscience rationnelle ; il y retrouve les anciennes mythologies cosmologiques qu’il avait observées dans leur transmigration entre orient et occident. […] (Tagebuch- Aby Warburg.)











EXHIBITIONS VIEWS (SELECTION)




LA BÊTE, UN CONTE MODERNE
LE BAL, Paris, France
2020




BAIN CELESTE
PANORAMA 17
2015




LA RENARDIÈRE
PANORAMA 16
2014




STYX
SALON DE LA JEUNE CREATION
2013




LA VILLA JUMELLE
PRIMO PIANO
2011






















MONOGRAPHS



La Bête, un conte moderne
de Yasmina Benabderrahmane


Editeurs : LE BAL / Mack Books
Date de publication: Janvier 2020
Format : 17 x 27 cm
Nombre de pages : 37.




Collection Minérale


Editeurs : Heidi Editions
Design coffret : Ludivine Sibelle
Tirages : Y.Benabderrahmane
Date de publication: Novembre 2014
Format : 25,5 x 27 cm
Editions limitées : 5 / 5  comprenant 7 photographies
argentiques tirées et signées par l’artiste.



CATALOGUES


“Composition” - VII
La revue

Dialogue d’images entre les artistes: Yasmina Benabderrahmane, Coraline De Chiara, Dorothée Davoise et Sophie Gaucher 
Editeur : La revue “Composition”
Design coffret / livret :
Dorothée Davoise et Sophie Gaucher
Date de publication:  Juillet 2016
Format : 13 x 18 cm
Nombre de pages : livret Edition limitée avec photographies
originales tirées et signées par l’artiste.






Catalogue d’exposition
PANORAMA 17
Techniquement douce


Editeur : Le Fresnoy
Date de publication: 
Mai 2015
Catalogue bilingue
français / anglais
Format: 20,5 x 27,5 cm.
Nombre de pages :
132 pages couleurs.





Catalogue d’exposition
PANORAMA 16
Solus Locus


Editeur : Le Fresnoy
Date de publication: 
Mai 2014
Catalogue bilingue français / anglais
Format: 20,5 x 27,5 cm.
Nombre de pages :
140 pages couleurs.








Catalogue des diplômés
de l’ENSBA Paris


Editeur : ENSBA
Date de publication: 
Juin 2010
Graphisme: Julie Joliat
Format : 17,5 x 1,6 x 23 cm
Nombre de pages :
215 pages couleurs.


Catalogue du 54ÈME
salon de la ville de Montrouge


Editeur : Les Particules
Date de publication: 
Mai 2009
Format : 21 x 21 cm
Nombre de pages : 380 pages couleurs
• plus de 500 illustrations sous coffret cartonné.










LA BÊTE, UN CONTE MODERNE DE YASMINA BENABDERRAHMANE



CO-ÉDITÉ PAR MACK BOOKS ET LE BAL, LA BÊTE, UN CONTE MODERNE DE YASMINA BENABDERRAHMANE  EST LE PREMIER LIVRE PUBLIÉ PAR LA JEUNE ARTISTE FRANÇAISE.

Cet ouvrage, composé uniquement de photogrammes issus de son travail filmique, en noir et blanc et en couleur, plonge le lecteur au cœur du projet réalisé par Yasmina Benabderrahmane au Maroc entre 2012 et 2019. Entre métaphore et fragments bruts, surgissent au fil des pages les différents protagonistes de ce conte visuel : l’Oncle, la Grand-Mère et la Bête. De ces espaces et de ces corps familiers, où se joue l’histoire contrariée du Maroc contemporain, Yasmina Benabderrahmane cherche à s’approcher du détail et des matières, des mains qui façonnent et reproduisent, au fil des âges, les mêmes gestes.

Des textes d’Adrien Genoudet viennent dialoguer avec les images, ajoutant une voix supplémentaire à ce conte polyphonique. Un entretien de l’artiste, réalisé par Adrien Genoudet, complète le livre.

Cette co-publication est disponible en ligne : LE BAL et MACK BOOKS.
PhotoBookStore.co.uk



⌈…⌋
 Le fil ténu de la lame Adrien Genoudet





I.

« La vallée de l’émerveillement et de la stupéfaction.

C’est un lieu d’obsédante douleur et d’effarement constant. On n’ose pas regarder. On n’ose pas respirer. Des douleurs vous transpercent comme des épées.

Et lorsque les oiseaux arrivèrent à cette vallée, elle disparut, les laissant confus, désemparés et inquiets. Ils attendaient et réfléchissaient : « Nous avons volé trop loin, nous ne pourrons pas revenir en arrière ! ».

« Allons, oiseaux ! Revenir en arrière n’a pas de sens. Nous volons en cercle comme le phénix. Il vit plus de mille ans devenant chaque jour plus sage, et quand vient l’heure de son départ, il se couvre de feuilles, déploie ses ailes et s’enflamme. Alors, un nouveau phénix naît de ses cendres. Amis, allons de l’avant ! ».

La Conférence des Oiseaux, conte soufi de Farid Al-Din Attar, 1177. ⌈…⌋





VII.


Le sang des bêtes sacrifiées coulent encore, aujourd’hui, dans la vallée de Bouregreg. Il gorge les terres, nourrit le sable et les plantes sèches, il se mêle à l’ocre des poussières puis dévale les sous-sols, les cavités, les nappes libres et captives où l’eau stagne, attend l’épuisement, et vient nourrir les roseaux qui parlent.

Quand on lève les yeux, les chemins s'épandent comme des veines et donnent le sentiment que le sang vif, jailli du col des bêtes, lie les terres et les histoires.

Un jour de printemps, paraît-il, la Bête s’est arrêtée, épuisée, mille-pattes retournée sans secours, ventre luisant immobile. Les mains des hommes ne suffisaient plus à lui donner corps, à retourner la terre, à changer les apparences des paysages, à la faire émerger, elle, la Bête, monstre de fer et de bêton, incarnation vigoureuse du temps à venir, de la modernité gonflée du Royaume. Alors, le Roi a décidé de conjurer le sort, de faire couler le sang des bêtes, de gorger la terre à son tour et de retrouver les racines pourpres de la tradition. Ce jour-là, on a sacrifié des veaux et déclamé le coran.

Et, ce jour-là, la Bête s’est ranimée, pour ne jamais se rendormir.

Le long du sol, là où la Bête a planté ses racines, on peut suivre la ridelle timide du sang vermeille des veaux et voir le coup d’arrêt, tranchant, ténu, d’un pan brumeux de bêton. Cette fois-ci, le sang ne rejoindra pas la vallée ni les sous-sols, ni le village de la Grand-mère, il restera coi, sans avenir, sans profondeur, et il finira par cailler au soleil. ⌈…⌋







« Qui s’est plu jadis à transformer quelques cailloux en sculptures antiques ou en monstres légendaires : magie transfigurante de l’œil du peintre, quand il regarde à travers l’objectif photographique quelques simples galets de plage et y découvre Un monde ignoré. »
À Hans Hartung, A propos de cailloux.
L’accent grave et l’accent aigu de Jean Tardieu, Poèmes 1976-1983
>> Vidéo de l’inventaire pour La revue “Composition” La revue "Composition" est un espace de travail sur papier pour 4 artistes. Elle est mensuelle, mesure 10x 13 cm format portrait en photocopies noir et blanc avec une couverture tamponnée et est limitée à 25 exemplaires en version papier.
Réserver les coffrets à revuecomposition@gmail.com

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Sophie Gaucher invite Coraline de Chiara / Dorothée Davoise invite Yasmina Benabderrahmane.







Collection minérale
2014




















Bain céleste... crissement, tréfonds et volupté, est un voyage onirique et apocalyptique (ce dernier adjectif entendu au plus près de son étymologie, « apokaluptein » – découvrir, révéler) à fleur d’une photographie. Grâce à un processus d’altération chimique, issu d’une pratique photographique traditionnelle appelée « mordançage », une masse inerte prend vie dans un bain de révélateur. Un paysage anthropomorphe se dévoile, une chair pelliculaire se révèle. La surface épidermique est le théâtre d’une expérience sensorielle, visuelle et sonore. Un épiderme photosensible se décolle, se meut et devient reste. Un micro-organisme et un micro son s’en dégagent et entament un voyage infinitésimal dans une matière-objet : la surface mise à nu conserve les diverses traces tel un corps, un paysage magnifié, qui en devient sacré.
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Celestial Bath .. rustling, depths and pleasure is a dreamlike, apocalyptic journey over a photograph (the last adjective used for its etymological sense of the word: apokaluptein – to discover, reveal). By way of a chemical modification process, based on a traditional photographic practice known as mordançage, an inert mass comes to life in the developing basin. An anthropomorphic landscape appears, a grainy flesh is revealed. The epidermal surface is a theatre of the sensorial, visual and aural experience. A photosensitive epidermis peels away, undulates and becomes a mere remnant. A micro-organism and a micro-sound are expelled and begin an infinitesimal voyage through the object – matter: the exposed surface retains the various traces as would a body, a magnified landscape, which delivers itself as sacred.





































À BRAS LE CORPS
Entretien entre Yasmina Benabderrahmane et Adrien Genoudet



2018







A.G Tu es revenue au Maroc pour la première fois en 2012, après quatorze ans d’absence. Ce travail est le fruit de plusieurs voyages, et tes images dessinent, en un sens, une cartographie à la fois réelle et intime. D’un côté, elles présentent des personnages, qui sont des membres de ta famille, et de l’autre, des lieux précis, avec lesquels tu as un lien particulier.

Peux-tu revenir sur ton arrivée au Maroc et la découverte de « la Bête » ?

Y.B Dans les premiers temps, nous nous baladions, avec mon oncle et sa femme, dans la région de Rabat. Un jour, ils m’ont montré le site d’un immense projet, le Grand Théâtre, qui devait être édifié dans la vallée du Bouregreg. C’est une vallée connue sous le nom de Vallée des potiers, réputée inconstructible, car les marais rendent la terre meuble, instable, peu propice à l’édification de bâtiments. On sentait encore la trace de l’homme qui venait pren- dre l’argile de la vallée pour fabriquer les poteries, les plats à tagine et autres ornements. C’était beau, touchant, et il me paraissait improbable que quelque chose puisse être construit à cet endroit. Le laboratoire de recherche de mon oncle, qui est géologue et travaille pour l’État, a été chargé d’évaluer le terrain et de conceptualiser la solidification des sols tout en respectant le territoire. On ne peut pas s’implanter comme ça, car la terre vit. Alors ils ont fait venir une roche du Moyen-Orient pour durcir cette matière meuble et créer un nouveau terrain dans lequel l’eau pouvait encore passer et s’infiltrer. Je trouvais cette histoire assez incroyable. Je n’ai compris que plus tard que ce projet du Grand Théâtre avait été décidé par le Roi lui-même. Il avait demandé à Zaha Hadid d’en concevoir l’architecture et elle avait accepté. Le chantier a démarré en 2014 et, malheureusement, elle est morte durant la construction, en 2016. C’est donc sa dernière œuvre, une œuvre posthume, en quelque sorte.

A.G Tu n’avais donc pas un projet précis en tête quand tu y es retournée pour la première fois ?

Y.B Non, pas vraiment. Pour moi, ce voyage, c’était un peu un retour aux sources. J’ai eu envie d’enquêter sur mes origines, de comprendre d’où je viens, qui je suis. Vient un moment, à 30 ans, où tu as envie de savoir. J’ai dit à ma tante Hnia que j’aimerais retourner au Maroc et elle m’a dit : « Chiche ! On prend un billet et je t’emmène. » Être avec elle était important pour moi, elle était celle qui rendait possible le retour.

A.G Il y a donc, dans un premier temps, grâce à ton oncle, la découverte de cette vallée marquée par un chantier pharaonique, puis les retrouvailles avec ta famille, dans un village isolé de l’Atlas, lieu où est née et où a vécu ta grand-mère. Elle est devenue, d’ailleurs, un des personnages centraux de ton travail.

Y.B Nous ne nous étions pas retrouvées ensemble au Maroc depuis mes 5 ans. Nous sommes allées à Chichaoua, près de son village d’origine, chez sa grande sœur qui a 96 ans. Nous sommes arrivées au moment de l’Aïd.

Il y a un autre territoire qui est présent dans mon travail, c’est Imintanoute, une vallée ber- bère du Moyen-Atlas. Mon oncle y travaille de temps en temps, il expertise les types de roches pouvant servir à la fabrication du béton pour de futures implantations de carrières, pour la construction de ponts ou d’autres ouvrages. Il est très proche de cette terre berbère, il en con- naît depuis toujours les sols, les pierres.

A.G Cette question de la « matérialité » des lieux que tu filmes est essentielle dans ton tra vail, dominé par ce rapport avant tout sensible aux éléments. Étais-tu frappée par les lieux en tant que tels ou plutôt par ce qui était en train de s’y jouer ?

Y.B C’était une rencontre. Souvent, avec les lieux, c’est un peu comme avec les gens, j’y vais à tâtons. Je suis curieuse, comme un enfant, et je me laisse surprendre, sensible au temps qui traverse les espaces. La vallée du Bouregreg, je l’ai vue peu à peu s’altérer, être éven- trée, être jonchée ; le paysage être plus violenté de jour en jour. Et les habitants qui restent là, qui résistent, qui sont en lutte. Ils manifestent, ils disent : « Mais pour quoi faire ? Pourquoi un tel chantier ? Il y a déjà un théâtre à Rabat. » Après, tu comprends que le projet se fera envers et contre tout, car c’est la volonté du Roi.

Je me souviens aussi, dans les premiers temps, du silence. Quand je visitais le chantier, au début, tout était calme. J’y allais pendant les temps de pause ou durant le ramadan, les gens ne travail- laient pas, ils étaient en train de manger ou de prier. Autour du chantier, on pouvait voir de vastes terrains plats et nus, des routes récentes, des étendues très vides, immenses, rocailleuses. Un désert qui émergeait peu à peu de nulle part, puisque ce n’était pas un désert, avant. Des montagnes apparaissaient peu à peu, de plus en plus grandes, pyramidales, énormes. Tout était très sec, poudreux, sans eau. L’ensemble manquait de vie car les animaux étaient partis vivre ailleurs. Tout semblait un peu étrange et mes premiers films tentaient de rendre compte de cette étrangeté, de ces non-zones, des choses qui volaient, de la poussière, du silence.

A.G Donc, très vite, tu t’es mise à prendre des images ?

Y.B Oui, très vite. En 2012, j’ai redécouvert un pays que j’avais complètement oublié, qui avait complètement changé. Même les membres de ma famille, je ne les ai pas reconnus. Les premiers jours, je n’arrêtais pas de pleurer. La sœur de ma grand-mère disait que je les avais abandonnés, que je n’étais pas revenue. Au fond, je pense qu’elle s’adressait à ma mère... J’étais bouleversée. Tu ne vois grandir personne, c’est ça le plus terrible. Alors je me suis mise à tout filmer, à vouloir tout cristalliser. C’est ce marqueur, le temps qui passe sur les choses et sur les êtres, qui m’a donné l’impulsion. Enfant, je prenais beaucoup de photos. C’était une manière d’échanger avec le monde, d’être au monde. Cela m’aide aussi à voir à travers un filtre, un écran, un édifice de verre. Ces images font corps avec mon histoire, celle de ma famille. En les regardant, on voit que ma grand-mère a vécu simplement, en lien avec la tradition. Ayant été élevée par ma grand-mère, ce lien a beaucoup compté pour moi, même si nous habitions en France et non dans le pays où elle est née et a grandi.

A.G Le personnage de ta grand-mère, tel que tu le filmes, est aussi un personnage métaphorique. Elle incarne, à travers ses gestes, sa parole, le corps-témoin de la tradi- tion. Comment s’est-elle imposée comme « figure » centrale dans ton travail ?

Y.B Ma grand-mère m’a dit un jour : « Tu ne peux forcer personne à être filmé ou à pos er pour toi. Mais, moi, filme-moi, je n’ai rien à perdre. Je suis vieille. » Ma grand-mère est une personne très pieuse qui a un rapport au corps très pudique. Les seules parties de son corps que l’on peut voir sont ses pieds et ses mains. J’ai commencé à la filmer dans son quotidi- en. C’est venu tout simplement, comme un jeu. Ma grand-mère ne parle pas très bien français. Je comprends le marocain courant mais je le parle mal, parce que je n’ai pas vécu assez au Ma- roc pour en comprendre toutes les subtilités. Souvent, on me dit : « Mais Yasmina, qu’est-ce que tu dis ? Comment tu te comportes ? Tu ne peux pas faire ci ou ça. » Comme ma grand- mère est quelqu’un que j’aime, j’ai eu envie de capter tous ces moments, de les collecter, de sceller ce temps. Un geste très égoïste, finalement. Quelqu’un a récemment dit à ma mère : « Yasmina, elle vient, elle pille, elle filme tout ce qu’elle peut. » Mais, c’est autre chose pour moi. C’est partager un moment : quelqu’un va prendre soin de toi, et toi, en échange, tu vas lui donner ce que tu auras à lui donner.

A.G Le personnage de ton oncle est plus ambigu, plus complexe à appréhender. Géo- logue de formation, spécialiste du béton, il travaille pour l’État, il est, en quelque sorte, en charge de la bonne conduite du chantier. Tu le filmes en train de tester la fiabilité des sols, d’expertiser, de cartographier..., mais aussi lors de moments plus intimes, lorsqu’il fait ses ab- lutions et prie, ou lors de la fête de l’Aïd aux côtés de ta grand-mère, qui est sa mère. Lié à la tradition, il incarne aussi celui qui autorise et rend possibles les grands chantiers, la « main de la modernité ». Quels sont tes rapports avec lui ?

Y.B Mon oncle ne dit jamais non, selon les règles de l’hospitalité marocaine. Je suis sa nièce. Il est fier de moi, toujours content de me présenter à d’autres. Mais, même si j’étais bien reçue, personne ne comprenait vraiment ce que je voulais faire.
Mon oncle est le petit frère de ma mère. Il a fait de grandes études en France, il est docteur en géologie. Lors de sa soutenance de thèse, il disait qu’il voulait repartir : « Mon pays, c’est le Maroc. C’est le plus beau des pays et le paradis de la géologie. » Il a travaillé sur de nom- breux projets urbains comme l’agrandissement du réseau de tramway à Rabat. Aujourd’hui, il dirige un laboratoire de recherche qui quantifie et teste la fiabilité et la longévité du béton utilisé dans les chantiers. Le contrôle est fait à partir des échantillons des matières premières prélevés sur le site, un peu à l’ancienne, à partir de carottages, de machines qui les concassent. Le fait d’aménager la Vallée du Bouregreg ainsi, de dénaturer ce paysage avec tout ce béton, va à l’encontre de mes valeurs. Cependant la modernisation des infrastructures au Maroc est bénéfique par ailleurs. Il y a en effet de mauvaises routes, peu d’interconnexions entre les villages, un réseau hydraulique défaillant – certains villages n’ont pas l’eau courante... Dans la région où se trouve Imintanoute, on vient de détourner une rivière pour distribuer l’eau aux villageois, ce qui est essentiel. Je suis donc dans une sorte d’entre-deux...

A.G S’ils sont en un sens opposés dans leurs liens avec le Maroc contemporain, ton oncle et ta grand-mère ne sont pas des figures antithétiques, contraires ou inverses – ils se ren- contrent d’ailleurs dans les images que tu as prises lors de la fête de l’Aïd. Sont-ils pour toi deux figures, deux métaphores des différentes temporalités du Maroc ?

Y.B Cela reste, avant tout, la relation entre une mère et son enfant. Je pense ces deux per- sonnages plutôt comme une paire, l’un n’allant pas sans l’autre.

Lorsque j’évoque ce grand chantier, je parle souvent de deus ex machina, parce que tous ces bouleversements du paysage nous projettent dans un futur improbable, fantasmé. Ce qui m’in- téresse d’autant plus dans la construction d’un théâtre, c’est d’y voir, avec toutes ses entrées et sorties, côté jardin et côté cour, un peu comme une grande scène continue où se joueraient la vie et l’infra-vie. J’imagine des milliers de fourmis qui édifient, sur un immense terril, un ouvrage démesuré, hors d’échelle, imaginé par le Roi. Le travail du corps, sur un chantier comme celui-ci, reste, non pas inhumain, mais à la limite du surhumain. Même si la machine est là, le gros du travail est réalisé par les ouvriers, leurs corps et leurs gestes minuscules mis bout à bout. Et il en est de même, selon moi, pour les rites ancestraux. Pendant la fête traditionnelle de l’Aïd, j’ai filmé ma grand-mère et mon oncle « sacrifier » une bête – une bête sacrée. Tous deux, ils refont chaque année les mêmes gestes, précis et ancestraux, du Prophète. Ce rituel du sacrifice est ancré dans la vie des membres de ma famille. C’est un moment de partage. Et cette bête est nourricière, le moindre morceau est utilisé. Ce ne sont pas des mondes qui s’opposent, mais des traditions qui se complètent.

A.G J’aimerais savoir ce que tu penses de la notion d’intimité. Tes films en Super 8 sont à la fois marqués par une esthétique du fragment et, dans le même temps, dominés par des plans rapprochés, des détails de corps, d’objets ou d’éléments, qui viennent définir ou incarner la personne que tu filmes...

Y.B J’essaie, le plus possible, de me mettre à distance, de ne pas être démonstrative tout en filmant des choses liées à mon intimité et au quotidien de membres de ma famille. C’est un équilibre instable, fragile. Je veux aller là, je veux filmer ça, je n’arrête pas de m’imposer. Et en même temps, il se passe plein de choses hors-champ qui suscitent une certaine colère chez moi. Par exemple, mon petit-cousin est atteint d’une leucémie. Et ma grand-mère cuisine pour lui, pour qu’il soit bien nourri, pour qu’il aille mieux. Ces corps souffrants de mon petit-cousin et de ma grand-mère, qui est très âgée sont présents dans mon travail, mais de manière indi- recte. Je ne veux pas exhiber pour exhiber et dire pour dire. Mon état émotionnel trouve d’autres images pour s’exprimer, des images-relais, en quelque sorte.

A.G On touche ici à un point métaphorique de ton travail, qui est traversé, de bout en bout, par la double présence de la « bête » : à la fois la Bête en tant que chantier mécanique, moderne et dévoreur, et la bête traditionnelle, le mouton, que l’on sacrifie de génération en génération pour perpétuer le rite...

Y.B Tout le projet est marqué, depuis le début, par cette matière visqueuse, par cette présence de la chair et, petit à petit, des liens visuels vont s’établir avec les textures du chantier, la coulée du béton, le bitume fondu, la carapace du bâti... Un moment a vu la jonction réelle de ces éléments. En 2016, le chantier a été paralysé suite au décès soudain de l’architecte. Pour « conjurer le sort », les autorités ont fait sacrifier cent moutons et veaux blancs sur le site des travaux. On fait couler le sang pour purifier, contrairement à l’eau, qui est là pour féconder. Cette symbolique des fluides m’a beaucoup inspirée. Ce lien au sacré me plaît, j’ai grandi dans une famille très pieuse où il prenait naturellement place dans la gestuelle du quotidien, la mémoire des corps. J’ai choisi de le montrer par fragments pour lui donner une portée générale, presque universelle.

A.G Si tu filmes et photographies au plus près les membres de ta famille, à une échelle « micro », cela s’intègre aussi dans une dimension plus large – « macro » – de l’histoire du Maroc, à la fois prise entre la vie traditionnelle et la modernisation démesurée, parfois bru- tale, marquée par l’exploitation intensive des ressources et la bétonisation à outrance. Est-ce un point important pour toi, d’inscrire cette part quotidienne, intime et traditionnelle, dans quelque chose de plus large ? Cherches-tu à documenter la contemporanéité clivée du Maroc ?

Y.B En tant qu’artiste, il faut essayer de dire ces choses-là, sinon, qui peut le faire ? Je ne suis pas là pour établir une critique pure et simple, pour dénoncer frontalement. Je voudrais que cela soit suggéré, que celui qui regarde mon travail le perçoive, que ce clivage s’infiltre en lui et que cela devienne, pour lui, matière à penser. La disparité des richesses au Maroc est très frappante. Des gens extrêmement riches côtoient des gens dans un dénuement extrême. Persiste également une grande disparité entre les campagnes et les villes. Il y a énormément de bidonvilles. Des jeunes sniffent de la colle dans la rue, ils sont venus en ville pour vivre autre chose mais n’y ont rien trouvé. Tous les 200 mètres, quelqu’un mendie, malgré les limou- sines qui passent. On peut légitimement se demander pourquoi dépenser autant d’argent pour construire ce très beau théâtre, ce « mall culturel » qui va abriter un nouveau musée d’archéol- ogie sur l’histoire de cette terre, alors que l’immense majorité des marocains ne peut même pas se payer un billet d’entrée. Toutes les familles qui vivaient dans la vallée du Bouregreg ont été déplacées, les autorités leur ont donné de l’argent pour qu’elles partent vivre ailleurs. Donc, bien sûr, l’histoire de ce chantier est marquée par le politique, par le pouvoir. À ma grande sur- prise, quand j’ai débuté les prises de vue, je pense avoir été approchée par les services secrets du Maroc qui m’ont posé des questions très politiques, très précises. Une fois, mon oncle m’a dit : « Yasmina, tu resteras une espionne car tu viens filmer dans un pays qui n’est pas le tien, tu diffuseras des informations visuelles et sonores. Peu importe la forme que cela prendra, où cela sera diffusé, malgré toi, tu resteras une espionne... » Tous les artistes que j’ai rencontrés au Maroc font le même constat : c’est un très beau pays, très riche, relativement ouvert, mais la place de la création est toujours traversée par les luttes d’hier et d’aujourd’hui.

A.G Et quand tu vois cela, tu n’as pas envie prendre ta caméra, de filmer, de documenter cette réalité-là ?

Y.B Non, cela me paraît trop dur, trop difficile. Je suis comme choquée, tétanisée, voire même agressée. Et il y a la barrière de la langue. Je ne comprends pas l’arabe littéraire. Alors, je suis là, je reçois, j’assimile. Je suis dans le sensible, je cherche ce qui, dans le réel, se sédimente en moi avec le temps. Je ne suis pas dans le cinéma direct. Sinon, j’aurais été jour- naliste ou anthropologue. Affronter le monde par métaphores est ma façon à moi de résister. Je pars de mon cercle familial ou intime, car me confronter d’emblée à une dimension plus large ne me convient pas. Tout, pour moi, se passe à cette échelle. J’opère une forme de transposition, de la cellule au tout.

A.G Tu travailles en argentique et sur pellicule. Quel est ton rapport à la matérialité des images ?

Y.B Je travaille sur pellicule parce que j’aime utiliser un support avec lequel je n’ai pas besoin de rechercher la perfection de l’image. Il y a toujours un risque que cela ne marche pas. J’aime capter sans savoir si cela va rester ou pas. L’échange avec la personne que je filme tient la place la plus importante dans le processus ; ce qui a pour conséquence que je mets beaucoup de temps à développer, car je préfère en garder le souvenir plutôt que d’en voir le résultat. J’ai tellement peur qu’il n’y ait rien que je préfère attendre et oublier ce que j’ai fait pour mieux le redécouvrir par la suite. Je suis aussi très attachée à la pellicule car je peux développer, bidouiller, voiler cette surface sensible... c’est un matériau vivant dans sa fragilité et sa membrane vibrante permet toutes sortes d’expérimentations. Au moment du développe- ment en Super 8, des griffures ou des poussières viennent sur la pellicule sans que l’on puisse rien maîtriser. Tout cela est très corporel, tactile, aléatoire, et je compare souvent la pellicule du film à une peau, sensible à la lumière, marquée par les traces de ce qu’elle a vécu.

A.G Comment expliques-tu ton choix d’utiliser parfois de la couleur ou du noir et blanc ? Ont-ils pour toi une dimension symbolique ?

Y.B Tourner en noir et blanc me permet de créer un lien avec le dessin par le grain tout en ayant un rendu sculptural. Et puis, il y a autre chose : lorsque le sujet filmé m’évo- que la douceur, j’ai envie d’atteindre quelque chose de plus dur et de plus brut, dans ce cas, j’ai aussi recours au noir et blanc. On est dans une valeur temporelle « neutre », qui confère une dimension d’archive aux images. Pour certaines, je n’ai pas envie qu’elles marquent clairement hier, aujourd’hui ou demain. J’aime ce qui crée le trouble. Dans Opération Béton de Godard, tourné en 1953, il y a des plans quasi similaires à ceux que j’ai tournés sur le chantier. On retro- uve les mêmes machines, les mêmes types de tapis roulants, de processus mécaniques... J’aime bien le fait que le spectateur s’interroge, qu’il se demande si ces images du Grand Théâtre appartiennent vraiment au régime contemporain de représentation d’une utopie architecturale. L’image, pour moi, comme la réalité, doit demeurer une énigme. Une énigme non anodine.

A.G En plus des questions liées au développement, à la couleur ou au tirage, tu joues avec les formats, les échelles et parfois les recadrages. On peut ajouter à cela ton travail de montage, qu’il soit à la fois sur les films, dans la séquence du livre et dans l’espace de l’exposition.

Que cherches-tu par la multiplication des formats et des échelles ?

Y.B Le rapport au grain, au gros plan, m’intéresse car il vient perturber la vision, donner une matérialité nouvelle et, parfois, révéler des motifs inattendus, imperceptibles dans un autre format. Je cherche cet effet sculptural de l’image qui fait qu’une main devient un pay- sage et qu’une pierre peut devenir un visage. Je cherche à susciter du corps là où il n’y en a pas. Par exemple, dans cette image que j’ai appelée « le téton », qui est en fait un simple écrou tournant sur lui-même. Pour moi, il devient une figure hypnotique qui ne fait que tourner ou s’arrêter abruptement. J’aime le déplacement du regard qui trouve de la sensualité, de l’absurde, du burlesque dans la vibration d’un rouage, le frémissement d’une toile ou l’écoulement de gravats. Mon regard se focalise instinctivement, comme celui d’un enfant, sur ce qui se meut, s’anime, s’agite. Je suis attirée par ce corps-machine qui a parfois des gestes très doux. Même s’il semble à première vue mâcher, casser, arracher, déplacer, etc., on a aussi l’impression qu’il caresse ; tout est dans notre sensibilité extrême aux êtres et aux choses.













YASMINA BENABBDERRAHMANE - AIC 2018
Texte de Emeline Jaret



2018



À travers le questionnement de la fragile frontière entre la réalité et sa représentation, Yasmina Benabderrahmane construit dans son œuvre une narration de l’intime. Elle transforme toute image afin d’opérer un déplacement du réel vers la fiction et joue consciemment sur la confusion de ces deux univers, en s’appuyant sur son histoire personnelle et familiale pour proposer des micro-récits qu’elle compose par fragments. Dans ses films comme dans ses photographies, Yasmina Benabderrahmane travaille avec l’image en se focalisant sur certains détails, montre un corps ou un paysage en n’en donnant à voir qu’une partie ; le travail de cadrage et de découpe cherche à garantir à l’image qu’elle « concentre sur elle toute la visibilité », explique l’artiste. L’opposition entre l’image et son hors-champ est ainsi mise en valeur dans cette concentration du regard lui permettant de faire du modèle ou du motif un révélateur universel qui relate tant la fragilité des relations humaines que la difficulté de cohabitation de l’homme avec la nature, et inversement. Alors que depuis plusieurs années, les membres de son entourage peuplent son œuvre et alimentent une fiction personnelle, un nouveau projet d’envergure viendra proposer une sorte de synthèse de travaux récents auxquels il fera écho. ⌈…⌋

Émeline Jaret













ROMANTISME NOIR : Le crépuscule des images
Texte et commissariat de Théo-Mario Copppola



2016


L’exposition Romantisme Noir, le crépuscule des images met en regard les œuvres de Yasmina Benabderrahmane et de Vincent Lemaire.

Formés aux Beaux-Arts de Paris, ils partagent une propension à expérimenter la corporéité de l’image, son édification sculpturale ainsi que la matière photographique comme lieu d’expression de la singularité. Ils construisent, l’un en projetant un faisceau d’éléments provenant de la communauté des sciences, l’autre en construisant des mythes de la lumière et des corps, des propositions esthétiques proches du romantisme noir de Mario Praz : spectres incarnés, paysages de désolation, minéraux ésotériques, résurrection chimique de la matière photographique.

Le titre de l’exposition Romantisme Noir fait référence au concept élaboré par l’universitaire, collectionneur et décorateur italien Mario Praz.*


Faust et Frankenstein.
Ils sont les deux astres noirs
de nos sempiternelles mythologies.




⌈…⌋ L’exposition donne à voir le registre du corps mystérieux ou troublant, dans un panorama désolé de tragédie. Ce corps, qui peut être parfois ésotérique, se transforme en pierre, en matière photographique même ou en paysage martien. Il est matière. Matière de l’étrange. ⌈…⌋


⌈…⌋ Pour Yasmina Benabderrahmane, la chair peccamineuse, capable d’engendrer tient quant à elle au symbole de la vie évanescente et la fougue déchaînée de la fertilité. Le corps est aussi une matrice à l’infini. Il peut engendrer d’autres corps après lui. Mais cette chair est cendrée. Elle est brûlée par une atmosphère toxique et incandescente. La série des survivances rejoue cette dramaturgie : la chute, la prière, la jupe, l’appendice. Elle est une exploration de la vulnérabilité du corps et de sa représentation en vanité. Apparition du corps de l’image et distorsion du corps à l’image dans des poses décadentes, proche des canons du romantisme noir de Mario Praz, avec ses apparitions, sa sensualité troublante et emphatique.

Les pierres sont-elles aussi vivantes que nos morts ? Sans cris, elles brûlent puis se glacent et reposent enfin en des vallées larges et tranquilles. Elles nous apparaissent comme nouvelles, presque décoratives et paisibles. Les japonais leur offrent des jardins de quiétude, sans fontaines. Elles sont agencées en harmonie, petites et imagées. Elles évoquent en de miniatures paysages la superbe de la nature. La quiétude n’est pas l’essentiel ici. La pierre est un talisman, un objet rituel, un être (vivant). Elle est habitée par cette énergie plus grande que nous-mêmes comme la collection minérale de Yasmina Benabderrahmane où chaque pierre, singulière et caractérisée par sa forme propre, se livre à la contemplation. La ‘matrice’ de cette série n’est autre que la Melencolia de Albrecht Dürer datant de 1514. Anecdote significative, cette gravure sur cuivre qui représente des objets allégoriques (dont l’ange, l’eau, la roue, le sablier, le cadran solaire, la cloche, la balance, et le fameux polyèdre) est régulièrement associée à une série (Meisterstiche) à laquelle appartient Le Chevalier, la mort et la diable (1513) dont le titre résonne étonnamment avec l’ouvrage de Mario Praz. La lumière laiteuse et suave qui baigne cette série de Yasmina Benabderrahmane fait vibrer ces formes occultes.

Chair Pelliculaire est une transposition métaphorique du mythe de Frankenstein. Les tissus morts, sous l’impulsion de la science (ici la chimie) se mettent en mouvement. Ils sont animés par une énergie, un flux vital. La chair pelliculaire danse et s’étire.

Comme dans la danse serpentine de Loïe Fuller, la répétition du mouvement agit comme un envoutement. Captifs, nous sommes à la surface même de la matière, dans un paysage (présence d’une ligne horizontale) microscopique mais présentée comme un décor phénoménal. Cette promesse venant des enfers n’est pas sans évoquer le mythe de Faust ; une promesse pour vaincre le réel. La matière photographique apparaît comme un atout possible de Méphisto, capable d’imprimer avec sa lanterne noire les fantasmes et les appétits inavoués.

Sosie-Momie et Nymphe #1 s’inscrivent également dans cette longue histoire des corps maudits et des âmes damnées. Ces corps pourraient être les créations d’un Frankenstein, fruits de la mutilation des corps. ⌈…⌋

⌈…⌋ L’exposition Romantisme Noir est un manifeste décadentiste : un laboratoire de recherches expérimentales où les mythes renaissant dans la matière des corps. 
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(1) - Mario PRAZ, La Chair, la mort et le diable dans la littérature du XIXème siècle. Le Romantisme noir, Denoël, 1977 (Gallimard, Tel, 1998)

Théo-Mario Coppola












SALON DE MONTROUGE 2009
Texte de Erik Verhagen


2009



Les photographies et films de Yasmina Benabderrahmane visent à dévoiler la part de simulacre inhérente à ces médiums. Reflétant invariablement une « inquiétante étrangeté », ses œuvres, sans pour autant témoigner de trucages et autres manipulations, instaurent un décalage, aussi infinitésimal
soit-il, synonyme d’écart ou de perte. Fixes ou en mouvement, ses images se donnent ainsi à voir justement en tant qu’images et ne cherchent pas en premier lieu à accentuer et encore moins à interpréter ce à quoi elles renvoient. Il ne s’agit pas pour autant de minimiser la chose représentée dans la mesure où ce sont finalement toujours le modèle ou le motif qui donnent à l’artiste, au gré de ses flâneries, l’impulsion première, lui permettant d’amorcer puis de concrétiser leurs devenirs iconiques. Que ce soient les jambes de la prostituée rencontrée à Copenhague (Mascarade), le couple filmé dans son séjour (Une matinée), la maison dissimulée par une haie (Die Hecke) ou la tente enfouie dans un bois (Das Kino), les éléments photographiés ou filmés par Yasmina Benabderrahmane se convertissent toujours en données photographiques et filmiques. Les opérations de cadrage, de fragmentation, de développement, de découpe et de montage garantissent bien entendu cette conversion, tout comme la volonté de souligner l’épiderme recouvrant la chair pelliculaire.
« Au-delà de la visibilité de l’image, affirme l’artiste, il n’y a rien à voir puisque l’image concentre sur elle toute la visibilité ».

Erik Verhagen.










PRESS





2020


AUGUST. 2020 / PRESS / BLOG
Writting by Guillaume Lasserre Médiapart



JULY 2020 / PRESS / BLOG
Writting by Joël Riff
Curiosité 2020 / Semaine 28 Langue étrangère





“Yasmina Benabderrahmane nous immerge dans une mosaïque d'images animées, témoignant d'une traque existentielle. La production impeccable de l'installation, électrise une errance qui tâtonne un terrain familial, sans en être pour autant familier. Alors plusieurs indices nous hantent en une boucle rugueuse.” Joël Riff, Curiosité 2O2O, Juillet 2020.




APRIL. 2020 / INTERVIEW / Entretien
L'ART & LA POUDRE / 3 Questions à...LAPOUDRETV / NOUVELLESECOUTES
French feminist podcast  by @laurenbastide produced by @nouvellesecoutes .



MARCH. 2020 / CLOSE / FERMETURE
"La Bête, un conte moderne de Yasmina Benabderrahmane”.



« NI RÉCIT NI MORALE, LA BÊTE TEND VERS UNE MYTHOLOGIE GOUVERNÉE PAR LA LOI DES CYCLES […]. S’EN DÉGAGE, SI ON SE PRÊTE AU JEU, UN SENTIMENT DIFFUS D’INÉLUCTABLE, NI TOUT À FAIT DOUX, NI TOUT À FAIT TRAGIQUE. » Aurélie Cavanna, Artpress, mars 2020.





MARCH. 2020 / PRESS / NEWSPAPER
Writting by Aurélie Cavanna.
ARTPRESS



MARCH. 2020 / PRESS / INTERVIEWS Entretien / arts visuel 
Tête-à-tête La Bête, by Thomas Ancona-Léger.
Mouvement Magazine Indisciplinaire



March. 2020 / PRESS / News 
D'autres rivages, by Pedro Morais / François Salmeron.
LE QUOTIDIEN DE L'ART



« DÈS LORS, YASMINA SE LANCE. CHEZ ELLE, CE N’EST PAS UN VAIN MOT. LA JEUNE FEMME ENGAGE SON CORPS. ET SUR LA FORÊT D’ÉCRANS DE LA GRANDE SALLE DU BAL, C’EST DU SENSIBLE QUI SURGIT. » Magali Jauffret, L’Humanité, 25 février 2020.





FEBR. 2020 / PRESS / NEWSPAPER
L'engagement de Yasmina Benabderrahmane, by Magali Jauffret.
L'HUMANITÉ

« IL Y A UNE GRANDE BEAUTÉ DE LA FILIATION ENTRE LE GRAND-MÈRE QUI EST LE CORPS, L’ONCLE QUI EST LA TERRE ET LA NIÈCE QUI EST LA PELLICULE. » Corinne Rondeau, La Dispute, France Culture, 12 février 2020.

FEBR. 2020 / PRESS / RADIO
LA DISPUTE, by Arnaud Laporte.
LE DIRECT / FRANCE CULTURE





FEBR. 2020 / PRESS 
Critiques / arts visuels 
La Bête, by Rémi Guezodje.
Mouvement Magazine Indisciplinaire




JAN. 2020 / PRESS / RADIO
Interviews 
La Bête, by Anne-Frédérique Fer. FranceFineArt



SEPT. 2017 / PRESS
Prix Jeune Création du Bal avec l'ADAGP 2019

La Bête, un conte moderne de Yasmina Benabderrahmane / La Bête, A Modern Tale By Yasmina Benabderrahmane
Curators: Adrien Genoudet and Diane Dufour.
LE BAL 13/01/2020 au 12/04/20




NOV. 2017 / PORTRAIT / INTERVIEW
Atelier A / ADAGP _ ARTE CREATIVE Yasmina Benabderrahmane
Directed by Charles Devoyer